PANAFRICANISME, NOTRE DOCTRINE PHILOSOPHIQUE

TELLE PHILOSOPHIE, TELLE PENSÉE!

INTRODUCTION
L’Afrique est le berceau de l’humanitv, tant au point de vue biologique qu’au point de vue des civilisations. C’est un continent de 30 millions de km². C’est le deuxième continent après l’Asie (44 millions de km²). Ses dimensions lui donnent une grande variété de climats : tempéré, tropical, équatorien. Presque entièrement colonisée par les puissances impérialistes européennes au XIXème siècle, elle est aujourd’hui morcelve en plus de 50 Etats. Economiquement, c’est un continent qui dispose de richesses agricoles, minières, pétrolières et hydrauliques immenses. Ce continent possède les gisements les plus importants de minerais stratégiques (cobalt, uranium, manganèse, etc.) et de substances précieuses (or, argent, diamants). Sans être les plus grandes du monde, ses réserves en hydrocarbures sont très importantes.
Les Européens qui ont dominé le monde à partir du XVème siècle, et les Américains qui le dominent depuis peu, peréoivent souvent mais à tort l’Afrique, comme un continent qui est resté à l’écart des grandes aventures de la connaissance humaine, des grandes découvertes qui ont modelé par bonds les techniques de production, bref de l’histoire du monde et de la construction de grandes civilisations. Ce sont des préjugés, mais ils vont néanmoins servir de soubassement au racisme et justifieront à leurs yeux le pillage éhonté des richesses et des hommes du continent africain. Car à partir du XVème siècle, pour assurer une main d’œuvre productive et abondante aux immenses exploitations agricoles (cotonnières et sucrières surtout) de ses colons dans les Amériques, et surtout en Amérique du Nord, les Européens vont organiser un immense trafic d’esclaves noirs prélevés principalement sur les céôtes de l’Afrique de l’ouest et de l’Afrique centrale jusqu’en Angola. C’est ce qu’on appellera la traite négrière. Certains historiens estiment que cette traite a concerné, en comptant les morts à l’occasion des razzias, de 100 000 000 à 150 000 000 d’Africains dont une partie mourra dans les camps de regroupement et durant la traversée de l’Atlantique.

I- LA VISION DU PANAFRICANISME
Tout au long des presque quatre siècles de l’esclavage en terre américaine, les Noirs se révoltent, organisent des insurrections. Certains s’enfuient dans les forêts ou les montagnes, créent des villages clandestins, ou se vengent. Au Brésil les esclaves révoltés créent la République de Palmarès, grande comme le tiers de la France, qui résista pendant plus d’un siècle, du milieu du XVIIème siècle au milieu du XVIIIème.
Cette épreuve historique , avec le sentiment profond de dépossession sociale, économique, politique et psychologique, d’oppression, de persécution et de bannissement, a créé et entretenu un élan émotionnel vers la recherche de l’unité et de la solidarité entre les membres de la diaspora africaine. Vers la fin du XVIIIème siècle, un mouvement politique va se développer à travers les Amériques, l’Europe et l’Afrique, avec le projet d’unir les mouvements disparates en un réseau de solidarité pour mettre fin à l’oppression. Il va conduire au panafricanisme.
Le panafricanisme est par essence un mouvement d’idées et d’émotions. C’est une vision sociale et politique, une philosophie et un mouvement qui cherchent à unifier les Africains d’Afrique et les membres de la diaspora africaine en une communauté africaine globale, et qui appelle à l’unité politique de l’Afrique. Pour les fondateurs du panafricanisme, il existe une personnalité africaine commune à tous les hommes, toutes les femmes de race noire. Cette personnalité noire recèle des valeurs spécifiques de sagesse, d’intelligence, de sensibilité. Les peuples noirs qui sont les peuples les plus anciens de la terre sont voués à l’unité et à un avenir commun de puissance et de gloire. Tout en appelant les Africains à prendre conscience de leurs réalités multiples qu’il ne faut pas chercher à estomper, le panafricanisme les appelle à ne pas se diluer ou s’abandonner, mais plutôt à s’affirmer. Le panafricanisme refuse toute idée d’assimilation, d’intégration dans le monde du dominateur blanc. Mais il vise aussi à amener les Africains à participer à l’élaboration de la « civilisation de l’universel », c’est-à-dire à être attentif aux grands courants qui se dessinent dans le monde pour en saisir toute la signification, afin de participer à la construction d’une civilisation humaniste, progressiste, ouverte à tous les apports vivifiants, dans un effort pour rassembler et ordonner les efforts de tous les Africains.
Le panafricanisme vise la coopération économique, intellectuelle et politique entre les pays africains. Il exige que les richesses du continent soient utilisées pour le développement de ses peuples. Il appelle à l’unification des marchés financiers et économiques et un nouveau paysage politique du continent.

II- HISTOIRE DU PANAFRICANISME
Le panafricanisme n’est pas né dans la patrie africaine, mais dans la diaspora. Il s’est développé à travers « un triangle compliqué d’influences atlantiques » entre l’Amérique, l’Europe et l’Afrique.
Le projet panafricaniste est historiquement le produit logique des conditions et des conséquences du commerce européen d’esclaves. Les esclaves africains de diverses origines et leurs descendants se sont trouvés placés dans un système d’exploitation où leur origine africaine était la marque de leur statut servile. Dans la nuit de l’esclavage, le peuple déporté, soumis à une oppression si totalement inhumaine, continuait à vivre, à créer, à épanouir sa culture en terre étrangère, à inventer le rêve du retour à l’Afrique. Le panafricanisme met l’accent sur leur expérience commune pour développer la solidarité et la résistance à l’exploitation, considérant que les différences culturelles ou d’origine sont secondaires.
Le Dr Williams E. DuBois, l’un des chantres de ce mouvement écrira en 1919 : « Le mouvement africain signifie pour nous ce que le mouvement sioniste doit obligatoirement signifier pour les juifs : la centralisation de l’effort racial et la reconnaissance d’une souche raciale.
A Londres, le groupe des « Sons of Africa » s’était constitué vers 1776 en groupe politique pour exiger la fin de l’esclavage dans tout l’empire britannique et dans le monde, s’adressant aux hommes politiques anglais et au roi George III par des lettres et des pétitions.
Bien que comme mouvement, le panafricanisme soit ainsi apparu en 1776, il ne prendra son nom que plus de dix ans plus tard, en 1900. C’est en 1900 en effet, que Henry Sylvester Williams, un avocat noir originaire des Antilles anglaises, appela cette union de tous les Africains le panafricanisme. Henry Sylvester Williams concevait à l’origine le panafricanisme comme l’unité du continent africain, l’Afrique du Nord exclue.
L'idée panafricaniste est donc à l'origine un concept venant d'intellectuels ou d'hommes politiques négro-américains ou caribéens, qui ont décidé de s'engager dans la lutte pour l'émancipation des Noirs victimes de la traite des Nègres. Ce combat a eu lieu en Europe du début du XIXe siècle, jusqu'à la fin de la deuxième guerre mondiale. Cette période correspond à la formation des élites africaines dans les métropoles coloniales ou en Amérique du nord. Le Panafricanisme gagnera l'Afrique au milieu du XXe siècle. Cela nous amène à suivre les traces de ce mouvement en nous intéressant maintenant aux précurseurs de ce mouvement.

III_ LES GRANDES FIGURES OU PERSÉCUTEURS DU PANAFRICANISME
Les pères du panafricanisme furent d’abord anglo-saxons, en particulier américains ou originaires des Caraïbes : Claude McKay , Countee Cullen , Langston Hughes , Williams E. B. DuBois , Henry Sylvester Williams , Alexander Walthers (évêque méthodiste) , Marcus Garvey (1868-1963, originaire de la Jamaïque) , Nnamdi Azikiwé du Nigéria , George Padmore (membre du Komintern et de son Bureau nègre) et Francis Kofie Kwame Nkrumah.
Notons que les précurseurs de ce mouvement sont très nombreux. Nous évoquerons donc ses principaux acteurs dont l'action a favorisé le combat pour l'évolution du panafricanisme :

III.1_ Henry Sylvester Williams (1869-1911)
Avocat et écrivain britannique, il fut un actif partisan du mouvement panafricain. En 1900, il convoqua une conférence à Londres contre, selon lui l'accaparement des terres coutumières par les Européens. Du Bois affirmera que c'est cette conférence qui mit pour la première fois à la mode, le mot panafricanisme.

III.2_ William Edward Burghardt Du Bois (1868-1963)
Il est né le 23 février 1868 à Great Barrington (Massachusetts) d'Alfred Du Bois, d'origine haïtienne, et de Mary Silvina Burghardt Du Bois.

III.2a_ Un militant de la cause afro-américaine
Durant toute la moitié du XXe siècle, W.E.B Du Bois fut l'un des principaux intellectuels et activistes noir-américains. C'est dans cette optique qu'on lui attribua le titre de père du Panafricanisme. En février 1909, il contribua à la création de la NAACP : la National Association for the Advancement of Colored People, qui est une organisation chargée de défendre les droits des minorités aux Etats-Unis.

III.2b_ Sa conviction politique
A partir des années 1940, il afficha sa sympathie pour les thèses communistes, ce qui lui valut d'être surveillé par le FBI..En 1950, il se présenta aux élections sénatoriales pour représenter l'American Labor Party et reéut 4 % des votes. Il émigra au Ghana, dont il prit la nationalité, et où il mourut en 1963.

III.3_ Marcus Garvey (1887-1940)
Marcus Mosiah Garvey est un leader noir du XXe siècle et est considéré comme un prophète par les adeptes du mouvement rastafari d'où son surnom de Marcus « Moses » Garvey ou « the black Moses ». Il est le promoteur obstiné du retour des descendants des esclaves noirs vers l'Afrique. Il fonde en 1917, l'Association universelle pour l'amélioration de la condition noire (United Negro Improvement Association, UNIA), dont la devise est « un Dieu ! Un But ! Une Destinée ! » (« One God ! One aim ! One destiny ! ») .

III.3a_ Le culte de la personnalité
Marcus Garvey, durant sa carrière politique aimait arborer certains titres tels que sa `' grandeur '' ou encore le `'potentat''. Il proposa, pour faire opposition à la Maison Blanche, la création d'une Maison noire où un nègre élu aurait durant quatre ans présidé aux destinées de ses semblables des Etats- Unis. Organisant le `'corps des infirmiers de la croix noire'', il créa ordres militaires et distinctions et se proclama `'Président provisoire des Etats-Unis d'Afrique''. Il se targua aussi d'être le premier fasciste de la terre. Il collabora avec le Ku Klux Klan. Il a fondé sa propre église, l'African Orthodox Church. Selon lui, les anges sont noirs et satan est blanc.

III.3b_ Ses idées
Il est considéré comme le père du `'sionisme africain'', dans la mesure où il prône le retour en Afrique des esclaves affranchis. Ces idées sionistes le poussent à se proclamer le Moïse des noirs, chargé de les ramener sur la terre promise, l'Afrique. Ne croyant pas que les Afro-américains pourraient vivre libres et respectés hors d'Afrique, il veut unifier les Noirs internationalement, et réclame le droit au `'rapatriement'' en Afrique (au Libéria) des Afro-américains de tous pays. Il crée en 1919 la Black Starline, compagnie maritime censée servir le projet de rapatriement. Ses bateaux, financés par des actionnaires noirs, desservent toutes les Antilles, les Etats-Unis, et se préparent à emmener tout le monde en Afrique. En 1935, son mouvement va connaître une régression. Il meurt d'une crise cardiaque le 10 juin 1940 à Londres, sans jamais atteindre l'Afrique.

III.4- Kwamé Nkrumah
Il est né le 21 septembre 1909 à Nkroful, Ghana. Le 24 février 1966, alors qu'il est en voyage en Chine, Nkrumah est renversé par un coup d'Etat militaire. Il se réfugie alors en Guinée, chez Sékou Touré. Le 27 avril 1972, il décède dans un hôpital de Bucarest (Roumanie), de la suite d'un cancer de l'estomac.

III.4a_ Nkrumah et ses débuts en politique
Il fait ses études en Angleterre et aux Etats-Unis d'Amérique. En 1945, il participe à l'organisation du Congrès panafricain. Il retourne en ex Gold Coast (actuel Ghana) en 1947 et devient secrétaire général du parti indépendantiste, l'UGCC (United Gold Coast Convention). Ne s'estimant plus être en accord avec les idées défendues par ce parti, et voulant faire adopter ses propres idées, sa propre philosophie, il décide de quitter l'UGCC pour fonder un autre parti : la Convention People's Party (CPP). Inspiré par la charte de l'Atlantique élaborée par Roosvelt et Churchill, qui stipule : « le droit de tout peuple à choisir la forme de gouvernement sous lequel il veut vivre », il avait donc pour but de contraindre l'Administration coloniale, par tous les moyens afin que celle-ci puisse céder le pouvoir et l'indépendance aux africains. C'est dans cette optique qu'il organisera une vaste campagne de protestation, qui se traduira par son appel au boycott et à la désobéissance civile, ce qui lui valut d'être emprisonné par les autorités britanniques jusqu'en 1951. Cette même année, les autorités britanniques organisent des élections législatives. Grâce à une clause de la Constitution de l'administration coloniale d'alors, Nkrumah peut se présenter aux élections législatives qui se dérouleront le Jeudi 8 Février 1951. De sa prison, il remporte les élections dans la circonscription d'Accra. Il sera libéré par le gouverneur qui lui confie le poste de chef de gouvernement. Ensemble, ils forment le 26 février 1951, le premier gouvernement mixte avec une majorité de Ministres africains. Nkrumah, fort de son succès, oblige alors le Royaume-Uni à concéder l'indépendance, qui est proclamée le 6 Mars 1957. La Côte - de - l'or devient ainsi la première colonie à obtenir son Indépendance après le Soudan (1956). Le Ghana de Nkrumah devient le 1er Juillet 1960, une république.

III.4b_ L'artisan du Panafricanisme
Il organisera les 6è et 7è conférences panafricaines en 1953 à Kumasi et en 1958 à Accra, qui est également la première conférence des Etats indépendants d'Afrique. En plus de revendiquer l'indépendance immédiate de l'Afrique, il prône la formation d'une identité supranationale : les Etats-Unis d'Afrique qui permettrait, au continent de devenir l'une des plus grandes forces du monde. Dans ce but, il s'engage en 1958, à poursuivre avec ses homologues africains, une politique africaine commune. En 1958, il est le premier à apporter son soutien à la Guinée indépendante de Sékou Touré, en lui accordant un prêt de dix millions de livres sterling. Il tente un premier pas vers une réalisation du panafricanisme en formant le 1er mai 1959 une union avec la Guinée, et ils seront rejoints par le Mali, le 24 décembre 1960. En mars 1963, malgré l'opposition des chefs d'Etats africains quant à la réalisation d'un gouvernement central africain, il participera activement à la rédaction de la charte de l'organisation de l'Unité Africaine.

III.5_ Autres figures
Les autres pionniers noirs panafricains sont : Mc Donald Milliard ; Edward Blyden ; Peter Abraham ; Jomo Kenyatta du Kenya ; Marko Mlubi, représentant des zoulous d'Afrique du Sud ; George Padmore, etc..

IV- LES MYTHES FONDATEURS ET LES PROJETS POLITIQUES DU PANAFRICANISME
L’esclavage et la colonisation se sont accompagnés de dépouillement, d’asservissement et de persécutions, de discrimination, de subordination et du sentiment d’infériorité. La résistance va traduire la soif naturelle d’indépendance, de liberté, de dignité, « du désir d’établir une identité commune entre tous ceux qui appartiennent à la race noire, de susciter un sens plus vif de leur solidarité et de leur sécurité ». Il va ainsi se créer une mystique de l’unité, de la parenté politique entre les communautés isolées et déracinées de la diaspora d’abord, entre elles et l’Afrique ensuite. Deux des principaux objectifs du panafricanisme sont le réexamen de l’histoire africaine dans une perspective africaine et comme par opposition à une perspective pro-européenne, et le retour aux conceptions traditionnelles africaines de la culture, de la société et des valeurs.
Le panafricanisme appelle aussi à un changement radical dans les structures coloniales de l’économie et la mise en œuvre d’une stratégie introspective de production et de développement. Il appelle à l’unification des marchés financiers, à l’intégration économique, une stratégie nouvelle pour l’accumulation initiale de capital et l’établissement d’une nouvelle carte politique de l’Afrique.
L’idéologie du mouvement panafricaniste est pour le moins assez confuse. Elle le doit en partie à la diversité des convictions idéologiques de ses différents fondateurs. Il faut dire cependant que certains des premiers leaders du panafricanisme ont été largement influencés par les idées socialistes et même révolutionnaires.

V_ LES FONDEMENTS CULTURELS ET HISTORIQUES DU PANAFRICANISME
Le panafricanisme se définit comme mouvement politique et culturel qui, considérant l’Afrique, les Africains et leurs descendants d’Afrique comme un seul ensemble, vise à régénérer et à unifier l’Afrique, ainsi qu’à encourager un sentiment de solidarité entre les populations du monde africain. Ce mouvement trouve ses origines dans la diaspora noire américaine. Il a été toutefois alimenté par la résistance anticoloniale de l’Afrique continentale et par l’affirmation de la personnalité africaine. (Georges Padmore, 1961 :21). Le mouvement, reconnaît Jean Ziegler, possède une double histoire ; celle des Congrès, des discours, des disputes idéologiques et celle de l’histoire des peuples noirs. (Jean Ziegler, 1980 :77). _ En visitant la première, l’on parcourt avec les Congrès l’histoire organisationnelle du mouvement dont les grandes dates de références sont les différents forums tenus à Paris (1919), à New York(1929), à Manchester (1945), à Accra (1958) : _ Les péripéties de l’organisation du mouvement panafricain sont complexes. Elles reflètent sa confusion idéologique. Pour comprendre cette complexité, il faut dépouiller les actes des six Congrès Panafricains et analyser les débats intervenus dans bon nombre d’organisations parallèles inspirées de L’idéologie panafricaine. (Padmore Georges, 1961 : 37-65) _ Elle a pour pères fondateurs William Edward Burghardt Du Bois Sylvester William Alexandre Walters Marcus Garvey Georges Padmore. D’autres ont contribué à la mettre en relief notamment, Nkwame Nkrumah Amilcar Cabral - Barthélémy Bokanda - Ruben Um Nyobe - Cheikh Anta Diop – Thabo Mbeki pour ne parler que d’eux. Dans quelle mesure leurs discours peuvent-ils favoriser l’émergence, sur la scène internationale, d’un message africain susceptible de mobiliser la jeunesse africaine ? _ Pour répondre à cette question, l’on doit se souvenir que le mouvement panafricain possède une idéologie idéaliste dont la thèse centrale est la suivante :

''ll existe une personnalité africaine qui est commune à tous les hommes, toutes les femmes de race noire ; cette personnalité recèle des valeurs spécifiques de sagesse, d’intelligence, de sensibilité. Les peuples noirs sont les peuples les plus anciens de la terre. Ils sont voués à l’unité et à un avenir commun de puissance et de gloire (Jean Ziegler, 1980 :78).''

Cette idéologie panafricaine refuse par conséquent toute idée d’assimilation, d’intégration à l’univers du dominateur. Cette idéologie du refus de toute assimilation est une force motivationnelle d’une extraordinaire puissance. L’histoire retient que le mouvement nationaliste africain a pris une ampleur extraordinaire à la suite du panafricanisme. De même, les insurgés de Soweto (juin 1967) sont morts parce qu’ils refusaient d’accepter l’enseignement africaans dans les collèges noirs. Que dire encore du téméraire Camerounais Um Nyobé à l’ONU en 1952 se prononçant pour une indépendance politique du Cameroun ? De Marcus Garvey à Thabo Mbeki en passant par Nkwame Nkrumah et Cheikh Anta Diop, tous ont prôné un Etat fédéral panafricain continental, une renaissance africaine. Cette idée du panafricanisme dont Nkrumah est le prophète moderne est une idée aussi vieille que la déportation massive outre-mer des Africains. C’est la partie invisible, secrète, celle de l’histoire des peuples noirs. Bien des Noirs ont été déportés, beaucoup sont morts, d’autres ont survécu. Ces hommes les plus divers ont combattu avec fanatisme leur déportation, refusant la séparation d’avec leur terre d’origine. Dans la nuit de l’esclavage miraculeusement, le peuple déporté continuait à vivre, à créer, à inventer son rêve :

''Je ne vois guère d’autres exemples dans l’histoire d’une telle force de caractère, d’un tel courage, d’une telle foi chez un peuple qui, victime d’une telle oppression si totalement Inhumaine, a non seulement sauvé, mais épanoui sa culture en terre étrangère. (Jean Ziegler, 1980 :79).''

VI_ LES CONGRES PANAFRICAINS
Déjà, en 1897, Henry Sylvester Williams, avocat issu des Indes occidentales, avait fondé l’Association africaine pour encourager, spécialement à travers les colonies britanniques, l’unité de toute l’Afrique. Sylvester Williams, qui avait des liens avec les dignitaires de l’Afrique de l’ouest, pensait que les Africains et ceux qui en descendaient et vivaient dans la diaspora, avaient besoin d’un forum pour traiter de leurs problèmes communs.
En 1900, Sylvester Williams organisa à Londres la première Conférence de son Association africaine, en collaboration avec plusieurs leaders noirs représentant divers pays de la diaspora africaine. Pour la première fois, le mot panafricanisme s’inscrivait dans le lexique des affaires internationales, et devenait un élément du vocabulaire ordinaire des intellectuels noirs. Cette première conférence réunit trente délégués, principalement issus d’Angleterre et des Indes occidentales, mais attira seulement un petit nombre d’Africains et d’Africains Américains. Parmi eux figurait le noir américain Williams E. B. DuBois, qui devait devenir le porte flambeau des Conférences et des Congrès panafricains comme on les appellera ensuite.
Les Congrès panafricains ont consisté en une série de cinq réunions tenues en 1919, 1921, 1923, 1927 et 1945. Leur objectif était de dresser les problèmes de l’Afrique liés à la colonisation européenne dans la majeure partie du continent et d’en discuter les solutions. Ils ont proposé une voie de décolonisation pacifique en Afrique et dans les Indes occidentales, et ont fait avancer de manière significative la cause panafricaine. L’une de leurs exigences était la fin du système colonial et de la discrimination raciale. Ils ont aussi exigé le respect des droits de l’homme et l’égalité des opportunités économiques. Le Manifeste du Congrès panafricain, qui contient les exigences politiques et économiques, plaidait pour un nouveau cadre de la coopération internationale.

1919 – LE PREMIER CONGRES PANAFRICAIN
Après la tenue en 1900 de la première conférence panafricaine, le premier des cinq Congrès panafricains se réunira en 1919. Il était organisé par le penseur et journaliste Africain Américain W.E.B. DuBois. Cinquante sept délégués y ont participé, représentant quinze pays. Sa tâche principale fut de rédiger une pétition destinée à la Conférence de paix de Versailles qui se tenait alors à Paris. Parmi ses exigences figurent :
* a) Les alliés administrent les anciens territoires allemands en Afrique comme un condominium pour le compte des Africains qui y vivent ;
* b) Les Africains devraient participer au gouvernement de ces pays « aussi rapidement que leur développement le permet », jusqu’à ce que, à un moment dans le futur, l’autonomie soit accordée à l’Afrique.

1921 – LE DEUXIEME CONGRES PANAFRICAIN
Ce Congrès se tint en plusieurs sessions à Londres, Paris et Bruxelles. Le révolutionnaire indien Shapuiji Saklaatvala y fut présent. Le journaliste ghanéen W.F. Hutchinson y prit la parole. Ce congrès fut considéré par quelques uns comme la plus radicale de toutes les rencontres. De la session de Londres résulta la « Déclaration au monde » qu’on appelle aussi le « Manifeste de Londres ».
« L’Angleterre, avec toute sa Pax Britannica, ses cours de justice, ses établissements de commerce, et une certaine apparente reconnaissance des lois et coutumes des indigènes, a néanmoins systématiquement entretenu l’ignorance parmi les indigènes, les a réduits en esclavage et continue de le faire, a habituellement renoncé même à essayer de former les hommes noirs et bruns dans un self-gouvernement véritable, à reconnaitre les hommes noirs civilisés comme des gens civilisés, ou d’accorder aux colonies de couleur leurs droits à un self-gouvernement qu’il accorde pourtant sans difficultés aux hommes blancs » Extrait du manifeste de Londres
La seule voix discordante fut celle de Blaise Diagne qui, quoique Africain, était effectivement un politicien français, représentant le Sénégal au Parlement français. Il trouvait la déclaration dangereusement extrémiste et abandonna bientôt l’idée du panafricanisme.

1923 – LE TROISIEME CONGRES PANAFRICAIN
Ce congrès se tint à Londres et à Lisbonne. Mal organisé, il ne connut pas une forte participation. Mais il répéta l’exigence d’une forme de self-gouvernement, définissant une relation entre l’Afrique et l’Europe, et mentionnant les problèmes de la diaspora de différentes façons :
* a) Le développement de l’Afrique au bénéfice des Africains et pas seulement au profit des européens ;
* b) L’autonomie et un gouvernement responsable pour les colonies britanniques d’Afrique de l’Ouest et les Indes occidentales ;
* c) L’abolition de la prétention de la minorité blanche de dominer la majorité noire au Kenya, en Rhodésie et en Afrique du Sud ;
* d) La suppression du lynchage et de la « mob law » aux Etats-Unis

1927 – LE QUATRIEME CONGRES PANAFRICAIN
Il fut tenu à New-York et adopta des résolutions similaires à celles du 3è congrès.

1945 – LE CINQUIEME CONGRES PANAFRICAIN
Le 5ème congrès panafricain se tint à Manchester dans le nord-ouest de l’Angleterre, en octobre 1945. Ce congrès est généralement considéré comme le plus import_ant de tous. Organisé par le très influent panafricaniste George Padmore, originaire de Trinidad et le leader indépendantiste ghanéen Kwame Nkrumah, il avait obtenu la participation de plusieurs chercheurs et intellectuels noirs.
Ce 5ème congrès réunit 90 délégués, dont 26 étaient issus de toute l’Afrique. Il y’avait trente trois (33) délégués des Indes occidentales et les représentants de cinq différentes organisations britanniques, y compris l’Union des étudiants de l’Afrique de l’ouest (WASU). W.E. DuBois, l’homme qui avait organisé le premier congrès en 1919, était là aussi, à 77 ans, ainsi que la femme de Marcus Garvey et des politiciens activistes qui deviendront plus tard des leaders influents dans divers mouvements d’indépendance africaine et dans les mouvements de droits civiques américains, comme Jomo Kenyatta, le leader de l’indépendance du Kenya, Hastings Banda du Malawi, le militant et universitaire W.E.B. DuBois, Obafemi Awolowo et Jaja Wachuku du Nigéria, Kwame Nkrumah du Ghana et le radical Trinidadien George Padmore. Il annonça la création de la Fédération panafricaine qui sera dirigé à partir de 1946 par Nkrumah et Kenyatta.
Marcus Grant, membre sierra léonais de la Ligue ouest africaine de la jeunesse s’exprimait ainsi : « Nous ne voulons plus mourir de faim plus longtemps alors que nous travaillons dur pour le monde, pour soutenir, par notre pauvreté et notre ignorance, une fausse aristocratie et un impérialisme discrédités. Nous condamnons le monopole du capital et la règle de l’enrichissement et de l’industrie privée pour les seuls profits privés…. Nous allons porter plainte, lancer des appels et poursuivre devant la justice. Nous allons faire en sorte que le monde écoute les réalités de notre condition. Nous allons combattre de toutes les façons possibles pour la liberté, la démocratie et l’amélioration de notre condition sociale. »
C’est ce 5ème congrès panafricain qui fit avancer le panafricanisme et lui fit assumer la décolonisation politique de tout le continent africain. Malgré ses résultats, cette conférence fut peu mentionnée dans la presse britannique. Il y’eut beaucoup de résolutions adoptées, dont l’une appelait à faire de la discrimination raciale un délit criminel. La principale résolution s’en prenait à l’impérialisme et au capitalisme.

VII_ L’IMPACT DU PANAFRICANISME SUR LES MOUVEMENTS DE LIBERATION EN AFRIQUE
Les exemples qui suivent montrent que, à la faveur des contextes internationaux qui ont été ceux de la période 1917 – 1945, les idées du panafricanisme, en raison des revendications portant sur la fin de la domination coloniale, la liberté de l’homme noir, l’égalité des races et des hommes, et enfin la solidarité et l’unité de tous les africains, ont rapidement eu des impacts importants auprès des masses noires. La première guerre mondiale vit les puissances coloniales européennes faire appel à des soldats originaires de leurs colonies. Les Britanniques lèveront 25 000 hommes en Afrique de l’ouest, dont 12 500 du Nigéria et 10 000 de Gold coast. En Afrique de l’est, outre des combattants, ils recrutèrent 350 000 porteurs non armés. Au moment du bilan, en 1924, il y avait 46 618 morts et 40 645 disparus. Les Allemands vont quant à eux lever 11 000 soldats africains. La France elle, non contente de lever 6 000 millons de francs de l’époque en impéts, recruta 211 000 soldats noirs, 270 000 autres en Afrique du Nord et 40 000 autres à Madagascar. On estime à 205 000 morts les morts africains des troupes coloniales durant cette première guerre.
Cet enrélement forcé des soldats africains dans la guerre amèneront les Africains à considérer qu’ils avaient eux aussi droit à la parole une fois la paix revenue. Leur participation à ces guerres, la fréquentation de représentants de mouvements panafricains, vont accélérer l’évolution idéologique du panafricanisme et le conduire à poser le problème de l’indépendance des peuples africains. Dans plusieurs colonies, ils vont s’organiser pour protester contre les injustices du colonialisme.
Assez rapidement, les contestataires africains passeront de la résistance passive aux grèves, notamment là ou s’était créé un prolétariat urbain (1935 dans les mines de cuivre de Rhodésie, 1939 à Mombassa). Ces manifestations conduiront plus tard aux mouvements syndicaux et à la naissance de partis politiques.
En 1935 survint l’attaque brutale de l’Ethiopie, qu’on appelait alors l’Abyssinie, par les armées de l’Italie fasciste dans l’indifférence complice des grandes puissances. Tous les Africains en Europe se sentirent concernés. La défaite de l’Ethiopie sonna comme un appel à l’unité du continent contre le colonialisme Les réalités de la deuxième guerre mondiale, avec ses atrocités et ses misères, ont affaibli les pays colonisateurs. La Grande Bretagne avait cette fois engagé 169 000 « volontaires » d’Afrique occidentale. Ce que ces coloniaux vont voir de ces pays, de leurs peuples, de la guerre avilissante, a descendu l’homme blanc du piédestal qu’il s’était lui-même construit, et le mythe de l’homme blanc s’était effondré de lui-même.
A la fin de cette guerre, en 1945, les conditions historiques, politiques, économiques et culturelles paraissent réunies pour lancer le mouvement de revendication nationaliste à travers le monde. Le refus des injustices coloniales prendra la forme de révoltes (noyées dans le sang comme en 1945 à Sétif en Algérie ou en 1947 contre le MNRM à Madagascaret les grévistes de Lourenéo Marques au Mozambique, en 1952 contre les Mau-Mau au Kenya, en 1954-1955 contre l’UPC du Cameroun), ou la forme de luttes de libération ou même la forme de mouvements pacifistes. Il ne s’arrêtera plus jusqu’à l’indépendance de ces peuples.

VIII_ LE PANAFRICANISME AUJOURD’HUI
Incontestablement le Panafricanisme a connu ses heures héroïques et de gloire dans la dernière phase de la période coloniale de l’Afrique, et durant les luttes qui ont été organisées à partir des années 1960 contre la ségrégation raciale, aux Etats-Unis notamment. Durant toutes ces époques, le sentiment de fraternité et de solidarité entre les noirs de l’Afrique et de la diaspora a été très fort et exaltant.
C’est sous sa bannière que les jeunes africains qui se sont retrouvés en Europe comme étudiants ou comme travailleurs dans les années 1950 et 1960 ont constitué des fédérations d’étudiants (FEANF, WASU, Ligue africaine de la jeunesse, etc.) ou de travailleurs dans les pays européens où ils se retrouvaient, ou dans les villes africaines où fonctionnaient alors de rares universités (UGEAO ou AED à Dakar). C’est à son nom que la solidarité de tout le continent s’est manifestée après 1960 à l’endroit des peuples encore sous domination coloniale (britannique, portugaise ou espagnole) et contre la politique de l’apartheid (Afrique du Sud, Namibie).
Une partie des objectifs politiques du panafricanisme a été atteinte : tous les pays africains sont devenus indépendants (exceptés quelques ilôts), au moins formellement. Aux USA, grand pays du racisme, de la ségrégation raciale et des pratiques terroristes du KU KLUX KLAN, les pratiques racistes ont été mises officiellement hors la loi, même si elles n’ont pas totalement disparu dans la réalité.
Cependant, les objectifs d’unité et de solidarité de l’Afrique, de restauration de la personnalité de l’homme noir, et de la construction d’une économie florissante commune à toute l’Afrique sont loin d’être atteints. De même aux Etats-Unis l’égalité véritable des citoyens, les chances égales pour entrer dans la vie sont toujours à rechercher. Manifestement, le passé pèse encore d’un certain poids dans ces situations, car elles ont laissé des séquelles durables dans de nombreux esprits et dans toutes les situations sociales.
Certains penseurs africains ont considéré que la vision du panafricanisme et ses objectifs politiques péchaient par le fait qu’ils prônaient l’entente et l’harmonie entre tous les africains ou les descendants africains, où qu’ils soient. Or les Africains ne sont pas tous égaux devant la richesse, et ils se retrouveront à des positions différentes dans les modes de productions propres à chaque pays ou à chaque région. La vision panafricaniste semblerait donc nier la lutte de classes inévitable et la répartition inégale des richesses et des avantages dans les sociétés africaines.
A l’époque de la révolution burkinabé, sous le Conseil National de la Révolution (CNR) de Thomas Sankara (1983-1987), et dans l’esprit du panafricanisme, un Institut des peuples noirs (IPN) avait été créé en 1985. Il avait été conçu comme un institut de recherches sur l’histoire et la culture des peuples africains et des peuples noirs de la diaspora. Sa mise en place avait été précédée par la tenue d’une grande conférence internationale qui avait paru lancer le réveil d’un nouveau panafricanisme militant. Il devait rassembler des chercheurs noirs de tous les continents et bénéficier de soutiens de multiples origines. Mis en veilleuse après la chute du CNR et la disparition de son leader, cet institut existe encore, mais n’a plus qu’une vocation nationale et ne dispose pratiquement pas de ressources pour son fonctionnement. Il faut en outre rappeler que le CNR avait lancé de grandes manifestations de solidarité avec la lutte anti-apartheid de l’ANC en Afrique du Sud, et qu’il n’avait pas hésité à signifier à la France de Mitterand sa désapprobation, lorsque celle-ci a reçu très officiellement le Président d’Afrique du Sud, Pieter Botha à Paris.
« L’Afrique aux Africains », était un beau et noble slogan de lutte du panafricanisme. Cinquante à soixante ans après, l’absence persistante de démocratie, la misère généralisée dont sont victimes de nombreux africains sans couverture sociale minimale, la dépendance économique et culturelle de l’Afrique à l’égard de l’Europe et surtout de l’Amérique, la fascination exercée sur de nombreux jeunes Africains par l’Europe et les Etats-Unis, tout cela amène à dire que comprise au premier degré, ce slogan est loin d’être entièrement juste. Il eut fallu approfondir les conditions à remplir par ceux des Africains qui veulent exercer le pouvoir dans leurs pays. Et ces conditions doivent correspondre aux bonnes réponses à donner aux questions suivantes:

* Quel est le but poursuivi et les objectifs intermédiaires visés dans la gestion du pouvoir ?
* Suivants quels principes sera assurée la gouvernance du pays ?
* Le pouvoir respectera-t-il la souveraineté du peuple et son droit à la libre expression_ ?
* Quelles sont les qualités personnelles des hommes qui constitueront les équipes dirigeantes ?
* Le principe de l’imputabilité sera-t-il respecté par tous, à commencer par le premier dirigeant ?

IX_ LE RENOUVEAU DU PANAFRICANISME
Pendant des siècles, notre continent a subi le paternalisme, on peut même dire plusieurs formes de paternalisme selon le tempérament du colonisateur. Et une telle politique n’a apporté à l’Afrique que régression. Elle a détruit en certains chefs africains tout sens de la dignité pour une trahison évidente des vertus originelles des peuples dont ils sont issus. Ces créatures corrompues par les puissances impérialistes sont, qu’elles le veuillent ou non, de vils instruments du néocolonialisme, des marionnettes utilisées, en ces heures décisives, au détriment des aspirations les plus légitimes de leurs peuples et contre l’UA et son dynamique programme.
Hier encore inconnue, perçue à travers le prisme déformant du système colonial, l’AFRIQUE partiellement libre s’exprime aujourd’hui clairement et ne saurait admettre que ceux qui s’étaient, contre son gré, rendus maitres de ses enfants et de ses ressources naturelles, puissent continuer encore à parler en son nom. Il est donc évident que si l’Afrique a besoin plus que jamais d’aide pour se libérer totalement, elle ne saurait plus tolérer aucune forme de paternalisme. Nous n’avons nullement besoin qu’on nous apporte des civilisations toutes faites, puisque nous avons les nôtres. Mais l’AFRIQUE ne peut plus accepter, au risque de perdre sa personnalité et sa cohésion, d’appartenir encore ou au Commonwealth britannique ou à la francophonie ;
Non seulement nos civilisations existent, mais nous sommes persuadés du fait que, pour les développer, l’action libre des africains eux-mêmes est indispensable. Que ceux qui n’ont pas encore atteint un degré suffisant de compréhension de nos peuples et qui n’ont pour eux aucun respect, que ceux qui ne peuvent nous considérer comme les égaux des autres peuples et reconnaitre que nos civilisations sont dignes d’attention , s’abstiennent d’apporter leur aide aux africains ; l’Afrique n’a que faire de leur sollicitude.
Le colonialisme n’est pas seulement l’ennemie de l’Afrique : il s’oppose aussi à la compréhension mondiale dont le fondement reste obligatoirement la reconnaissance sans ambigéité de l’égalité des peuples et le respect mutuel de leurs institutions politiques, étatiques et morales. Le colonialisme a falsifié les véritables sentiments des peuples. Il a installé en certains la confiance en leur supériorité et en d’autres l’acceptation de leur condition. Nous savons que la colonisation découla de nécessités économiques, mais elle n’a pas fait de distinction entre les Biens matériels et l’homme. C’est là l’aspect le plus honteux et le plus dramatique de l’oppression étrangère. Au fur et à mesure que les peuples d’Afrique ont acquis la conviction que plus rien ne sauraient les empêcher de reconquérir leur totale indépendance, ils se sont aperçu des méfaits de l’oppression dont ont souffert les peuples au nom desquels s’exerçait ce système trompeur.

Pour que l’AFRIQUE sorte de sa léthargie, il faudrait qu’elle redéfinisse le concept du panafricanisme.

Face à ce qu’ont montré leurs ascendants, quelle est la capacité de la jeunesse africaine à penser, à réfléchir et à trouver des solutions sur les problèmes actuels du continent ? Dans le sillage de l’héritage panafricain, quelle leçon la jeunesse africaine peut-elle retenir afin de résoudre de façon originale et profonde les problématiques africaines contemporaines ? C’est à cela que nous voulons nous pencher en scrutant la pensée Cheikh Anta Diop

X_ CHEIKH ANTA DIOP, PROPHETE DU PANAFRICANISME ?

X.1_ Cheikh Anta Diop comme modèle
De nationalité sénégalaise, Cheikh Anta Diop à été un savant multidisciplinaire: physicien, historien, anthropologue, linguiste, sociologue, philosophe, homme politique, panafricaniste. Il aura œuvré à valoriser l’Afrique et l’Homme africain, et y sera parvenu en prouvant scientifiquement l’unité culturelle de l’Afrique, posant ainsi les jalons de l’urgence d’un Etat fédéral africain. Le chercheur a toujours interpellé la jeunesse africaine, considérant le rôle qu’elle doit jouer pour sortir l’Afrique de la torpeur. Sa dernière interpellation fut à Yaoundé en 1986 :

''Je vois en chaque jeune Africain susceptible de recevoir une éducation un bâtisseur de nation et c’est ce bâtisseur qui sommeille en chacun de nous que notre éducation doit réveiller.''

L’histoire du personnage constitue elle-même un exemple d’autodétermination. Pour comprendre la signification de son travail, il est avant tout nécessaire de savoir quelles étaient la pensée et la situation historique au moment où il a commencé à écrire et à agir. Puis, il faudra examiner quels étaient sa thématique et sa contribution intellectuelle. Ensuite, l’on pourra analyser la signification de son œuvre pour la conscience historique des jeunes africains. _ Nous situons la pensée de l’auteur au moment où des thèses européocentriques, nourries par les courants philosophiques et anthropologiques reniaient toute valeur au Noir. Dans ce contexte, l’auteur le plus cité est probablement le philosophe G.W.F. Hegel (1770-1831) qui maintenait l’Afrique comme le seul continent sans histoire qui n’aurait jamais produit ce qu’on pourrait appeler « civilisation ». Tout comme Arthur Gobineau (1816-1882) dont l’ouvrage de référence Essai sur l’inégalité des races constituait la base idéologique aux grandes théories racistes .D’autres institutions, comme l’Institut d’Ethnologie de France créé en 1925 par Lucien Lévy Brühl, enseignaient que les Noirs avaient une mentalité prélogique. Les théoriciens s’appliquaient à légitimer, au plan philosophique et ethnologique, l’infériorité intellectuelle du Nègre. La vision d’une Afrique anhistorique et atemporelle, dont les habitants, les Nègres, n’avaient jamais été responsables d’un seul fait de civilisation s’imposait dans les écrits et s’ancrait dans les consciences (Théophile Obenga, 1996 :17-25). Ainsi, lors de la parution du livre Nation Nègres et culture de Cheikh Anta Diop, le contenu semblait si révolutionnaire que très peu d’intellectuels, même Africains, osaient y adhérer. La pensée diopienne avait provoqué des réactions extrêmement controversées. Il a fallu vingt ans pour qu’une partie de ses idées soient reconnues au niveau international. Ce fut lors du colloque international du Caire de 1974, initié par l’UNESCO, qui réunissait les plus éminents égyptologues du monde entier .Cette pensée reste d’actualité et pose la question de l’apport de son œuvre aux jeunes Africains. Quelle valeur a-t-elle par rapport à un développement autodéterminé ?
Le continent africain traverse une grave crise multidimensionnelle. Face à cette crise qui nous réserve un avenir incertain, l’homme moderne, armé de nouvelles technologies, ne sent-il pas la nécessité de se tourner vers les hommes illustres tels que Cheikh Anta Diop qui ont su utiliser la science avec conscience et fait la politique pour l’intérêt général et non pour eux-mêmes, pour tenter de déceler quelques promesses d’avenir ? Cet homme remarquable dont la contribution à l’élaboration de la civilisation de l’universel est inégalable, aura répondu au discours de Sarkozy un demi-siècle avant qu’il ne le prononçât à l’université de Dakar. Cet Illustre savant qui se prononça contre les accords de partenariat économique, un demi-siècle avant que le président Wade constate ses effets pernicieux mérite d’être connu. Mieux, Cheikh Anta Diop ne se sera pas limité à dénoncer cette mainmise des puissances occidentales sur l’économie africaine, mais aura proposé des solutions dont la plus urgente est l’unité culturelle. La question que nous sommes en droit de nous poser est celle de savoir ce qu’était la quintessence du message de l’illustre disparu et comment la jeunesse africaine peut l’assumer.

X.2_ L’Egypte ancienne comme culture africaine et base de l’unité culturelle africaine -un message fort à la jeunesse africaine
Cheikh Anta Diop est un panafricaniste. Sa thèse sur la parenté culturelle profonde de l’Egypte avec le reste de l’Afrique, fondement de l’unité des peuples africains, reste d’actualité. En fait, L’Egypte ancienne représente le point central de la pensée de Cheikh Anta Diop. Il en est le point principal, essentiel, vers lequel vont toutes ses interrogations, toute sa quête historique. Il le dit lui-même :

« Tout provient de la vallée du Nil et tout revient à elle, comme à un référentiel incontournable ».

De Nations Nègres et Culture (1954) au Colloque d’Egyptologie du Caire (1974) , Cheikh Anta Diop n’a cessé de montrer la vallée du Nil, la région des grands lacs à la méditerranée, comme l’origine même des civilisations négro-africaines. Pour l’auteur, cette vallée remplit plusieurs fonctions déterminantes de temporalité de l’Afrique noire ; elle est substratum, socle, fondement commun des civilisations négro-africaines en leur diversité historique et géographique. La jeunesse africaine peut-elle s’abreuver de cette thèse ?
Certainement en considérant que l’Egypte est la référence historique et culturelle de l’histoire générale de l’humanité. En cela, la vallée du Nil (Egypte-Nubie) se doit d’être considérée comme le fil conducteur des études historiques de l’Afrique Noire. Ce qui signifie que le fond culturel, riche d’atouts divers, peut fournir le fondement d’un nouveau départ basé sur une intégration régionale véritable. A partir des données matérielles des éléments de la culture ancienne donc, il faut appréhender les fondements de l’unité des peuples constitutifs de cet espace géographique. La conséquence de cette réflexion est celle-ci : l’unité de l’Afrique ne se réalisera pas uniquement par des Unions douanières à caractère politique, mais également par des projets culturels fédérateurs, fondés sur les valeurs africaines, sur les objets et lieux de mémoires des peuples africains, traducteurs de leur originalité, de leur identité, et de la solidarité entre les peuples et les nations. Voilà la première leçon que Cheikh Anta Diop lègue à la jeunesse africaine. Il l’invite en outre à assumer des valeurs africaines.

X.3_ Retour à la culture africaine et à ses valeurs
Qu’entend-on par valeurs africaines et quelles sont celles susceptibles de donner à cette jeunesse son nouveau départ ? _ Pour éclairer notre interprétation, sans doute devrions-nous donner le contenu que nous retenons dans le vocable de « valeur ». Il n’est pas rare que, dans des échanges d’opinions, l’on utilise les mêmes termes, avec toutefois des compréhensions différentes. Tout simplement les compréhensions des uns et des autres reflètent des prédispositions psycho-mentales qui ne sont pas nécessairement de même résonance. Nous avons estimé utile de faire connaître ce que nous entendons par « valeur » dans cette étude. _ Des différents sens donnés par le Petit-robert de 1992 le tout premier nous a semblé contenir l’essentiel. Il s’agit en effet de : « Ce en quoi une personne est digne d’estime, quant aux qualités que l’on souhaite à l’homme dans le domaine moral intellectuel, professionnel ». _ Cette définition a retenu notre attention tout simplement parce qu’elle colle le mieux, à notre sens, avec la notion de culture telle que définie par Edouard Tylor : « Le savoir des Africains, toutes leurs croyances, tout leur art, tout leur système éthique, toutes leurs lois, aptitudes et coutumes… » (Edouard Tylor, 1981 :8).
La nuance suggérée par Alexis Kagame apporte un supplément à cette présentation de Tylor et éclaire davantage notre préoccupation. Les préjugés voudraient que le savoir des Africains, leurs croyances, leur art, leur système éthique, leurs lois, aptitudes et habitudes acquises soient inaptes à promouvoir un quelconque dynamisme historique orienté vers le développement. Sous-entendent-ils aussi que toute capacité de création, existant en tout être humain, fait par les facultés que sont : intelligence, volonté et autres énergies soit inexistante chez l’Africain ? Serait-il totalement taré ? N’a-t-on pas, en effet, déduit du nominalisme de Locke, vers la fin du XVIIIe siècle, que : « Les Nègres n’étaient, dans la grande chaîne des êtres, qu’un rang au dessus des singes qui, d’ailleurs, venaient aussi d’Afrique » (Martin Bernal, 1996 : 249). _ L’analyse que nous nous proposons de faire vise ainsi à apporter les éléments de réponse à ce double niveau, actif et passif. Les Africains ont donné des preuves qu’à l’instar des autres groupements humains dans le monde, ils sont dotés des capacités créatrices propres à leur génie. Ils ont donné la preuve de ce que nous appelons, à la suite d’A. Kagame, une culture active. En clair, ils se sont montrés capables, comme les autres, d’explorer, d’exploiter et de transformer les éléments de leur environnement propre pour faire face à leurs besoins fondamentaux. Tous ceux qui se sont intéressés à ce continent, tel qu’il a vécu avant les contacts en question ici, soit des balbutiements de ses débuts jusque vers les XVe / XVIe siècles, ont unanimement attesté de la réalité de cette culture active à travers toute l’Afrique. Les travaux de Cheikh Anta Diop peuvent permettre de bâtir une lexicologie historique en tant que source de renseignements historiques pour la jeunesse africaine.

L’homme était un modèle pour ses compatriotes. Ses amis d’enfance reconnaissent qu’il vouait une obéissance et un dévouement exceptionnel à sa mère. Malgré son instruction, Cheikh a toujours respecté les valeurs socioculturelles, fait rare chez nos jeunes (intellectuels) d’aujourd’hui. Il vivait le principe de l’enracinement d’abord et de l’ouverture ensuite. Il a grandi dans un environnement épris de valeurs de solidarité, d’assistance et d’entraide et l’a pratiqué au quotidien. Ce sont ces valeurs, entre autres, qui constituent le patrimoine culturel africain. Il s’agit des lois, des interdits, des croyances religieuses, des rites, de la médecine traditionnelle dont il faut assurer la préservation et la transmission de génération en génération. Il s’agit aussi des témoins matériels à valeur patrimoniale ; lieux sacrés, sites archéologiques, art scriptural, marqueur identitaire des peuples. Ces vestiges ont de la valeur du point de vue historique et artistique. _ Parmi ces valeurs, nous insistons sur les croyances religieuses africaines, comme jalons d’une intégration spirituelle. Elle permet d’appréhender l’unité culturelle des différents peuples d’Afrique rassemblés autour d’un Dieu créateur auquel ils accèdent par l’intermédiaire des génies, esprits et ancêtres. Nous ne saurons oublier leur Patrimoine linguistique ; la langue comme expression ultime d’une intégration, d’une unité et, en même temps, le véhicule le plus authentique de la culture. Elle est donc, pour les Africains, le véritable dénominateur commun, le trait d’identité culturelle par excellence. Montesquieu, en précisant que « tant qu’un peuple n’a pas perdu sa langue, il peut garder espoir » a voulu montrer l’importance de Cet élément du patrimoine culturel. La langue, comme le confie Cheikh Anta Diop, même non écrite, est considérée comme la cristallisation en énigmes plus ou moins difficiles à déchiffrer de l’histoire d’un peuple. Elle comporte nécessairement des traces de tout le passé du peuple qui le parle c’est-à-dire son héritage culturel. _ Combien de jeunes parlent encore leur langue maternelle ? Quels sont ceux des jeunes africains qui peuvent réciter quelques versets des prières traditionnelles ? Ce sont là les valeurs qui constituent le socle de tout homme et les travaux de Cheikh Anta Diop montrent bien que l’Egypte ancienne constitue bien une thématique centrale et riche d’enseignements pour la jeunesse africaine. Dans Nation Nègres et Culture, l’Egyptologue sénégalais déclare :
L’Egypte jouera dans la culture africaine repensée et rénovée le même rôle que les civilisations gréco-latines dans la culture occidentale. (Ch. A. DIOP, 1954 :14-15). L’histoire reconnaît que l’Egypte fut un lieu d’inspiration mythique. Jésus dès l’âge de douze ans, Socrate, Platon, Thalès, Pythagore, tous ont été initiés au pied des pyramides et sur les bords du Nil à la perception intelligible et imminente des mystères de l’univers. La jeunesse africaine peut, elle aussi, puiser dans les trésors de l’Egypte ancienne, de la sagesse africaine. Elle peut développer une confiance en sa culture et en la valeur de cette dernière. Loin d’être un narcissisme, le retour aux valeurs africaines doit chercher à utiliser celles susceptibles d’enraciner l’Africain, sa jeunesse en particulier. Ceci veut dire que les jeunes Africains peuvent prendre le contre-pied de l’enseignement colonial et néocolonial, conscients de leur potentiel créateur, convaincus de la capacité à se prendre en charge eux-mêmes. Pour cela, leur conscience historique en tant que peuples noirs d’Afrique aura pour fondement, dans le temps et dans l’espace, cette terre noire. Il faut restaurer la dignité du Noir. Il y a donc urgence pour nous Africains de nous armer de courage et d’abnégation pour nous défaire du complexe d’infériorité et du manque de confiance en soi. Les travaux de Cheikh Anta Diop concourent à encourager la jeunesse de faire des recherches sur l’Afrique.

XI_ L’IDEOLOGIE PANAFRICAINE COMME MODELE A LA JEUNESSE AFRICAINE ET COMME STRATEGIE DE LIBERATION DU CONTINENT AFRICAIN
Comment l’idéologie panafricaine peut-elle jouer un rôle de moteur pour la jeunesse africaine dans le développement du continent ? _ Ce questionnement, presque conclusif à notre réflexion, repose sur le contexte politique et économique infernal qui a plongé des milliers de jeunes dans le désespoir absolu. Face à cette situation, de nouvelles orientations tant continentales, géostratégiques que politiques en ce début du XXIè siècle se dessinent. D’autres paradigmes au plan politique notamment s’imposent aux Africains, à sa jeunesse en particulier, de toute urgence, dans le sillage de puissants leaders panafricanistes. La vie est une répétition de la vie, les hommes sont des copies des autres, vivants ou morts. Chaque Personne ne cherche un modèle, une référence. Tous les jours, les médias nous proposent des modèles que nos jeunes imitent et copient à la lettre. Et finalement, qui veut comprendre les Comportements des uns et des autres n’aura qu’à interroger la télévision. De même, connaître ce qui se passe à la télévision, c’est regarder la société. A vrai dire, les Africains mériteraient le prix Nobel de l’imitation. L’illustration la plus parfaite, c’est celle des stars que les médias imposent. Ces modèles sont-ils en phase avec les défis multiples que nos pays pauvres doivent relever ? Malheureusement, les modèles que nous proposent les médias ne sont pas les meilleurs, les plus utiles pour former les jeunes compatriotes, citoyens sensibles aux défis de leur patrie. Une jeunesse qui s’occupe de l’avenir de son pays, qui respecte les biens publics, les lois et les institutions. On verra plutôt des jeunes acculturés et empressés de fuir leur patrie au risque de leur vie, des jeunes qui manifestent de plus en plus du dégoût pour les études. Et pourtant des bons modèles ne manquent pas. C’est dans cette optique que Cheikh Anta Diop devrait être promu comme modèle de référence sur tous les plans. Cet homme n’est pas connu par la majorité de nos jeunes. Sont-ils fautifs de ne pas connaître Cheikh Anta Diop ? Certainement pas, car on ne parle de lui dans les médias qu’une fois par an à l’occasion de la commémoration de l’anniversaire de sa disparition.
En prenant les leaders panafricains pour modèle, la souffrance africaine doit se transformer en tremplin historique pour la restauration de la conscience africaine et de la renaissance africaine. Telle est la mission léguée à la jeunesse africaine par l’illustre disparu.

XI.1_ Restauration de la conscience historique africaine
Si l’on examine les conséquences de l’œuvre de Cheikh Anta Diop pour les Africains en général, la jeunesse en particulier, on peut dire que la restitution du passé de l’Afrique a rendu possible la restauration de sa conscience historique. La restitution d’une réalité historique, c’est mettre fin à la falsification de l’histoire et de restaurer chez les Africains le sentiment d’avoir une antiquité et des pratiques culturelles et religieuses. _ Cette conscience historique africaine confère donc à tout le monde africain, à sa jeunesse en particulier, le sentiment d’une réelle solidarité culturelle, d’une communauté historique ayant ensemble des valeurs fondamentales héritées des ancêtres communs. La réconciliation des Africains avec leur propre histoire, leur passé culturel est d’une nécessité vitale : « Sans conscience historique, les peuples ne peuvent pas être appelés à de grandes destinées ». L’auteur de cette citation délivre un message fort en enseignement à la jeunesse africaine. Pour l’Egyptologue sénégalais, l’élaboration du concept de conscience historique africaine est une chose indispensable pour l’Africain ; il s’agit de la confiance en soi, face à l’histoire qui a été, qui est et qui sera, selon la propre volonté des Africains. _ Il ressort de toute cette immense synthèse historique un bénéfice moral pour les générations actuelles. Il est possible dès lors, c’est-à-dire une fois le terrain déblayé, la continuité et la conscience historique restituées, de faire en sorte que les antiquités égyptiennes deviennent les antiquités classiques pour toutes les communautés noires contemporaines. L’expérience égyptienne fut essentiellement nègre et tous les Africains sans exception peuvent en tirer le même bénéfice moral que les Occidentaux vis-à-vis de la civilisation gréco-latine. Il faut par conséquent enseigner les civilisations de la vallée du Nil, les langues de cette espace historique comme des antiquités négro-africaines classiques. Autrement dit, pour Cheikh Anta Diop, le passé égypto-nubien doit être réanimé constamment par les communautés noires. Un héritage n’est vivant que s’il est entretenu par Des communautés qui l’assument à la manière d’un legs ancestral. Le jeune africain doit chercher les ressorts dans la tradition africaine, dans les valeurs africaines. La conscience du passé historique doit redonner confiance aux jeunes Africains.

XI.2_ Renaissance africaine
Quand pourra-t-on parler de renaissance africaine ? Dans quelle mesure ce discours peut-il favoriser l’émergence sur la scène internationale d’un message susceptible de mobiliser la jeunesse africaine ?
Disons tout de suite que le concept de renaissance a fait son entrée dans les sciences sociales avec la civilisation de la renaissance de Jacob Burckardt en Italie.
Apparu d’abord en Italie, la renaissance dans l’histoire de la civilisation est une période qui suit le Moyen Age dans l’histoire de la civilisation occidentale au XVè et au XVIè siècle. Cette période renoue donc avec l’héritage de l’antiquité gréco-latine sur les plans philosophique et artistique et crée une nouvelle ère en se distinguant par l’Humanisme. C’est la période de l’émancipation de la conscience individuelle, laïcisation du savoir, renouvellement des formes de pensée. L’on a noté un exceptionnel épanouissement des arts, des lettres et des sciences favorables à l’essor du commerce international. Il s’est agi, au total, d’un nouvel esprit qui caractérise véritablement la vie d’un peuple. En Italie, les académiciens surgirent à Florence et à Rome. Les architectes utilisèrent les ordres antiques et s’inspirèrent des proportions du corps humain. Léonard de Vinci, Raphaél, Michel Ange, Titien, Borticelli… tous furent de grands génies de la renaissance italienne. En Hollande l’humanisme se développe avec Erasme…, En France, la littérature fut renouvelée Par Clément Marot, les poètes de la Pléiade ; Rabelais et Montaigne. _ En étudiant l’Histoire du Monde donc, on constate que lorsqu’un peuple a été dans la misère, et la souffrance, il cherche à renaître, Ce fut le cas du Japon avec l’ère Meiji, des Juifs avec la naissance de l’Etat d’Israél, de l’Europe avec la renaissance du XVIè siècle. Cette renaissance s’impose aussi à l’Afrique car nous avons subi le malheur pendant plusieurs siècles. _ Si Cheikh Anta Diop se réfère à la renaissance, c’est à coup sûr pour l’enthousiasme général de cette époque d’innovation audacieuse, de créativité intense et soutenue, d’acquisition de nouveaux concepts et de nouveaux instruments de mesure, d’observation, de propagation des idées et de formes nouvelles de pensée. C’est l’époque où les banquiers florentins sont devenus les plus importants bailleurs de fonds de l’Occident.
Le caractère prométhéen de la renaissance devait plaire à Cheikh Anta Diop en quête d’une renaissance pour les siens, en développant une culture africaine fondée sur un passé, sur l’héritage historique, sur les langues africaines avec de nouvelles expressions plastiques, musicales, architecturales. La renaissance africaine implique d’abord pour l’égyptologue la reconnaissance assumée de la vallée du Nil, foyer inaugural de la civilisation écrite sur le continent africain. _ Le discours de renaissance africaine est réactualisé par Thabo Mbeki et a pour ambition de changer la vision du continent africain et de lui donner toute sa place dans la Mondialisation .Il conçoit une renaissance libératoire qui trouve son origine dans la redécouverte des réussites oubliées de l’Afrique. C’est pour lui le seul moyen de résoudre la question de l’exception africaine et de contredire les stéréotypes qui associent la condition Africaine à l’instabilité politique à la dépravation morale et sociale, à la dépendance économique et à la pauvreté. _ Que reste-t-il à faire à la jeunesse africaine, à part renaître de nouveau, reprendre un nouvel élan, un nouvel essor ? Pour y parvenir, ne suffit-il pas de se servir des valeurs africaines, des ressources naturelles, de son intelligence ? C’est tout à fait normal si l’on suit l’histoire des peuples. _ Cela parait tout à fait possible, nous avons tout ce qu’il faut, les cerveaux, l’imagination, nous sommes largement comblés par la nature avec les différents fleuves africains, les forêts encore vierges, les animaux sauvages, qui n’existent qu’en Afrique, nous avons les sous-sols les plus riches du monde, nos valeurs restent codées dans les croyances religieuses africaines. Chaque jeune doit mettre son expérience personnelle et professionnelle au profit du continent.

XI.3_ La lutte contre la fragmentation : un challenge pour le panafricanisme
Nous débuterons cette partie par la `'prophétie'' d'un célèbre penseur qui a dit : « Au dernier tournant du XX ème siècle, il faut craindre autant que la lutte, au sens marxiste, les conflits ethniques, tour à tour à prédominance sociale, politique ou raciale ». Aujourd'hui dans les Etats africains, on assiste à la montée des mouvements micro- nationalistes. Le favoritisme, le népotisme permettent à des personnes privilégiées, du fait de leur appartenance à la même ethnie que les gouvernants, d'occuper des postes importants dans l'Etat. Dans certains Etats africains, on se réfère à des critères ethniques pour les nominations à des postes politiques et administratifs.
Ainsi, la compétence intellectuelle et la qualification professionnelle cèdent la place au favoritisme. Cet état de fait peut créer au sein des collectivités rivales, un sentiment de haine et de frustration. Le Burundi et le Rwanda, avec des centaines de milliers de victimes des génocides, sont des exemples de cette dynamique de production d'idéologies à effets fragmentaires et violents. Ces faits sont qualifiés de délinquance ethnique par le professeur Théodore Kouba Zohouri.
Nous pensons qu'il faut se servir de l'idéologie panafricaniste, pour faire comprendre aux Etats africains que les forces qui nous unissent font plus que contrebalancer celles qui nous divisent. Selon nous, le panafricanisme est la panacée à toute velléité fragmentaire ou sécessionniste. L'heure de la solidarité, de l'union continentale a donc sonné. Pour réaliser les Etats-Unis d'Afrique, il faudrait résoudre les crises endogènes, les crises ethniques et religieuses. Pour cela, les dirigeants africains doivent comprendre qu'il ne faut pas se servir d'une base ethnique ou religieuse pour créer des partis politiques. Il ne faudrait pas se tromper de combat. Pour nous, le vrai combat réside dans le fait de pouvoir solidariser les Etats africains afin de s'attaquer à de vrais problèmes comme : le VIH-Sida ; le paludisme ; la misère, etc.

XI.4_ L'avantage du panafricanisme au développement de l'Afrique
Aujourd'hui, le constat est clair, l'union de l'Afrique est impérative et non une alternative. Les dirigeants africains doivent de façon effective prendre en considération ce fait, et doivent dans ce cas, tout mettre en oeuvre pour trouver un cadre d'étude qui pourrait contribuer de façon imminente à la réalisation d'une union de tous les Etats africains, sinon, que serait une Afrique désunie face à la mondialisation ? Un vieil adage dit : « l'union fait la force ». Cet adage semble s'appliquer aujourd'hui aux réalités mondiales, dans la mesure où, face à la concurrence, à la compétition liée à la mondialisation, les pays européens se sont regroupés en union. Il en est de même sur le continent avec les Etats-Unis d'Amérique, dont un des principes fondateurs a été de se doter d'un espace géographique vaste, aux aptitudes naturelles et humaines considérables.
Selon Robert Dussey : « partout dans le monde aujourd'hui la tendance va vers la formation de grands ensembles géo- économiques transcendant les frontières nationales pour soutenir le développement et la croissance économique ......L'Afrique n'a donc pas le choix, elle doit, s'unir pour s'affirmer dans ce monde de compétition, de rivalité, sinon elle disparaîtra ».
Pour certains, la création du concept de mondialisation est l'une des plus belles trouvailles de l'humanité. Par la mondialisation il faut comprendre, la constitution d'un espace économique mondial de plus en plus intégré, unifié, sous la supervision des multinationales.
Pour d'autres, la mondialisation vise à encore placer en orbite les grandes puissances afin que celles-ci puissent encore dominer les pays en voie de développement. Selon eux, la mondialisation serait une sorte de néocolonialisme. Perçu sous cet angle, la mondialisation ne peut s'annoncer que comme `' la fin de l'histoire'' proclamée par Francis Fukuyama.
La question de l'économie africaine demeure une question primordiale. Certains économistes affirment que les économies africaines sont « grabataires ». Résoudre ce problème constitue une étape importante à la construction des Etats-Unis d'Afrique.
Alors comment le panafricanisme pourrait-il contribuer au redressement des économies africaines ?
Aussi, nous pensons que pour aboutir aux Etats- Unis d'Afrique, il faudrait une implication effective des peuples africains. Mais quel serait l'impact du panafricanisme sur les peuples africains ?

XI.5_ Le panafricanisme : quelles retombées pour les peuples africains ?
Lorsqu'on parle de panafricanisme ou d'Etats-Unis d'Afrique, nous avons comme l'impression que cela s'adresse aux dirigeants africains, dans la mesure où ceux-ci ne font rien pour impliquer la société civile dans ce processus de construction des Etats-Unis d'Afrique, pourtant la réalisation de ce projet ne dépendra que de la volonté des peuples africains à vivre ensemble et d'avoir un destin commun. Les dirigeants africains ont donc l'obligation de former et d'informer leurs peuples sur les avantages de la culture de la solidarité. Cela pourrait Contribuer au recul du chômage, de l'immigration clandestine, de la fuite des cerveaux vers l'occident...

XI.6_ La création d'emplois
Prenons un exemple précis, la Mauritanie a un milieu halieutique très riche, elle pourrait par exemple faire signer un accord de licence de pêche avec la Côte d'Ivoire. Ce genre de partenariat pourrait ouvrir de nombreux emplois. Il y a beaucoup d'exemple de ce genre qui pourrait illustrer nos propos. En clair nous voulons faire savoir que la solidarité, la coopération entre les Etats africains pourrait ouvrir beaucoup d'opportunités d'emplois en Afrique et cela pourrait être une solution à l'immigration clandestine.

XI.7_ Coopération dans les domaines de la recherche scientifique et médicale
Le panafricanisme permettra aux jeunes chercheurs africains d'échanger leurs travaux afin d'avoir un certain cadre de réflexion sur les problèmes qui minent l'Afrique, car il faudrait avouer qu'il est très difficile aujourd'hui d'obtenir les travaux de chercheurs africains. Les acteurs de l'éducation nationale et de la recherche scientifique, pourraient se retrouver à travers des colloques, afin de pouvoir harmoniser leurs cours par rapport aux réalités de la vie sociale africaine.
Dans le domaine médical, nous pensons que grâce au panafricanisme, les médecins ne feront plus de leurs travaux une chasse gardée, ils les soumettront à leurs collègues, partager leurs résultats et de trouver des solutions concrètes aux maux tels que le sida et le paludisme.

A mi- parcours de notre travail, nous dirons qu'il est très important que tous les Africains puissent fédérer leurs énergies, puissent travailler ensemble afin de construire une Afrique forte. Mais pour réussir cet objectif il n'y a pas de remède miracle, les Africains devront cultiver les vertus de la solidarité et de l'intégration. Car comme nous l'avons précédemment noté, aujourd'hui les conflits qui se déroulent en Afrique ne sont plus des conflits inter- Etatiques, ce sont plutôt des conflits endogènes, c'est-à-dire des conflits qui se déroulent à l'intérieur des Etats. Les hommes politiques se servent du domaine religieux et ethnique pour constituer la base de leurs partis politiques. Pour résoudre tous ces conflits, il faudrait une volonté des politiciens et du peuple Africain à s'unir et surtout il faudrait qu'il y ait une organisation panafricaine plus forte.

XI.8_ Les expériences africaines d'intégration régionale
Après les indépendances, les dirigeants africains ont considéré que l'intégration régionale pourrait être une stratégie économique, car la balkanisation de l'Afrique, du fait de la conférence de Berlin, constitue un facteur de vulnérabilité économique et de marginalisation au plan international. C'est dans cette optique que naîtra la première génération d'expériences africaines d'intégration régionale.

Arrangé à partir des textes de Philippe Ouédraogo et de Badirou Mahfouz


Le Président du MOPJAD
MAHFOUZ BADIROU


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